DIALOGUES L’écriture comme matière chez les artistes du monde arabe
L'exposition
L’Espace Art Absolument présente l’exposition Dialogues, qui réunit Lina Ben Rejeb, Mehdi Moutashar, Yazid Oulab et Nasser Al Aswadi autour d’une réflexion commune sur l’écriture comme matière.
Leurs pratiques interrogent un même champ d’étude : celui où l’écriture devient forme, où le signe se détache du langage pour entrer dans le champ de l’abstraction. Au croisement de l’ornementation, de la géométrie et de la calligraphie, leurs œuvres s’inscrivent dans une histoire longue : celle d’un dialogue entre traditions visuelles islamiques et modernité occidentale.
Depuis le XXe siècle, de nombreux artistes ont exploré la capacité du signe calligraphique à rejoindre les recherches de l’abstraction : réduction de la forme, autonomie du trait, primauté du rythme, tension entre surface et espace. L’écriture, dépouillée de sa fonction littérale, devient structure plastique.
Cette rencontre n’est ni citation ni décor. Elle repose sur des préoccupations communes : comment organiser la surface ? comment inscrire le mouvement dans la fixité ? comment faire du signe un espace autonome ? La géométrie, principe fondateur de l’ornement islamique, rejoint ici l’abstraction occidentale dans une même recherche d’équilibre, de rythme et d’infini.
Ainsi se dessine un pont reliant l’ Orient et l’Occident, dessinant les contours d’un terrain partagé où le langage visuel tend vers universel.
Chez Mehdi Moutashar, cette articulation est explicite. Son travail, ancré dans l’abstraction géométrique, dialogue avec la tradition esthétique islamique sans jamais verser dans l’illustration. Le carré, les angles, les lignes ouvertes ou pivotantes ne sont pas des formes closes : ils fonctionnent comme des signes en devenir. Évoquant parfois les structures de la calligraphie coufique ou la logique du nuqta, ses compositions construisent un langage visuel autonome. La géométrie n’y est pas décorative ; elle devient écriture abstraite, espace mental structuré par le rythme et la répétition.
« Pour moi, le seul matériau, c’est l’espace (…) Il y a un terme qui m’importe : construire. (…) créer un espace plastique autonome », affirme-t-il.
Chez Lina Ben Rejeb, la question du signe passe par la répétition. Dans les Carnets, le motif se répète jusqu’à produire une variation infime. L’écart devient forme. L’écriture glisse vers la peinture, puis vers la matière. Dans Couverture muette, le livre ancien, privé de texte, est conservé comme un spécimen silencieux : le geste de préservation redouble celui de l’effacement. Entre surface et volume, texte et image, son travail interroge la mémoire du signe et sa transformation.
L’œuvre de Yazid Oulab remonte à l’origine même de l’inscription. Fasciné par l’écriture cunéiforme, littéralement « écriture-clou », il établit un lien entre outil et langage. Le clou, la truelle, le pinceau deviennent matrices du signe. Dans Infini, le fil métallique trace dans l’espace une ligne continue, presque respirante. Les stries répétées de ses toiles densifient la surface jusqu’à faire surgir une présence diffuse. L’écriture y devient tension, transmission, circulation entre geste manuel et pensée.
« De l’Occident, j’ai hérité de la forme ; de l’Orient, j’ai hérité du verbe », résume-t-il.
Enfin, Nasser Al Aswadi transforme la lettre en architecture. Nourri par son expérience entre le Yémen et la France, il entrelace les mots jusqu’à en brouiller la lisibilité. Les termes qu’il choisit, Salam, Tolerance, Love, sont densifiés, superposés, presque compactés, jusqu’à former des surfaces vibrantes où la lisibilité se dissout dans la structure. Sa formation d’architecte transparaît dans la rigueur des compositions : l’écriture devient construction spatiale, traduisant à la fois tumulte et résistance.
À travers ces quatre démarches, Dialogues montre que l’écriture n’est ni simple motif ni héritage figé. Elle constitue un champ d’expérimentation plastique où se rencontrent abstraction moderne et traditions ornementales, rigueur géométrique et spiritualité, mémoire culturelle et langage universel.
La lettre y devient forme.
La forme, espace.
L’espace, lieu de dialogue.
Artistes :
Lina Ben Rejeb : née en 1985 à Kélibia (Tunisie). Vit et travaille à Paris.
Mehdi Moutashar : né en 1943 à Hilla (Irak). Vit et travaille à Arles.
Yazid Oulab : né en 1958 à Constantine (Algérie). Vit et travaille à Marseille.
Nasser Al Aswadi : né en 1978 à Al-Hujr (Yémen). Vit et travaille entre Marseille et Sanaa.
Leurs pratiques interrogent un même champ d’étude : celui où l’écriture devient forme, où le signe se détache du langage pour entrer dans le champ de l’abstraction. Au croisement de l’ornementation, de la géométrie et de la calligraphie, leurs œuvres s’inscrivent dans une histoire longue : celle d’un dialogue entre traditions visuelles islamiques et modernité occidentale.
Depuis le XXe siècle, de nombreux artistes ont exploré la capacité du signe calligraphique à rejoindre les recherches de l’abstraction : réduction de la forme, autonomie du trait, primauté du rythme, tension entre surface et espace. L’écriture, dépouillée de sa fonction littérale, devient structure plastique.
Cette rencontre n’est ni citation ni décor. Elle repose sur des préoccupations communes : comment organiser la surface ? comment inscrire le mouvement dans la fixité ? comment faire du signe un espace autonome ? La géométrie, principe fondateur de l’ornement islamique, rejoint ici l’abstraction occidentale dans une même recherche d’équilibre, de rythme et d’infini.
Ainsi se dessine un pont reliant l’ Orient et l’Occident, dessinant les contours d’un terrain partagé où le langage visuel tend vers universel.
Chez Mehdi Moutashar, cette articulation est explicite. Son travail, ancré dans l’abstraction géométrique, dialogue avec la tradition esthétique islamique sans jamais verser dans l’illustration. Le carré, les angles, les lignes ouvertes ou pivotantes ne sont pas des formes closes : ils fonctionnent comme des signes en devenir. Évoquant parfois les structures de la calligraphie coufique ou la logique du nuqta, ses compositions construisent un langage visuel autonome. La géométrie n’y est pas décorative ; elle devient écriture abstraite, espace mental structuré par le rythme et la répétition.
« Pour moi, le seul matériau, c’est l’espace (…) Il y a un terme qui m’importe : construire. (…) créer un espace plastique autonome », affirme-t-il.
Chez Lina Ben Rejeb, la question du signe passe par la répétition. Dans les Carnets, le motif se répète jusqu’à produire une variation infime. L’écart devient forme. L’écriture glisse vers la peinture, puis vers la matière. Dans Couverture muette, le livre ancien, privé de texte, est conservé comme un spécimen silencieux : le geste de préservation redouble celui de l’effacement. Entre surface et volume, texte et image, son travail interroge la mémoire du signe et sa transformation.
L’œuvre de Yazid Oulab remonte à l’origine même de l’inscription. Fasciné par l’écriture cunéiforme, littéralement « écriture-clou », il établit un lien entre outil et langage. Le clou, la truelle, le pinceau deviennent matrices du signe. Dans Infini, le fil métallique trace dans l’espace une ligne continue, presque respirante. Les stries répétées de ses toiles densifient la surface jusqu’à faire surgir une présence diffuse. L’écriture y devient tension, transmission, circulation entre geste manuel et pensée.
« De l’Occident, j’ai hérité de la forme ; de l’Orient, j’ai hérité du verbe », résume-t-il.
Enfin, Nasser Al Aswadi transforme la lettre en architecture. Nourri par son expérience entre le Yémen et la France, il entrelace les mots jusqu’à en brouiller la lisibilité. Les termes qu’il choisit, Salam, Tolerance, Love, sont densifiés, superposés, presque compactés, jusqu’à former des surfaces vibrantes où la lisibilité se dissout dans la structure. Sa formation d’architecte transparaît dans la rigueur des compositions : l’écriture devient construction spatiale, traduisant à la fois tumulte et résistance.
À travers ces quatre démarches, Dialogues montre que l’écriture n’est ni simple motif ni héritage figé. Elle constitue un champ d’expérimentation plastique où se rencontrent abstraction moderne et traditions ornementales, rigueur géométrique et spiritualité, mémoire culturelle et langage universel.
La lettre y devient forme.
La forme, espace.
L’espace, lieu de dialogue.
Artistes :
Lina Ben Rejeb : née en 1985 à Kélibia (Tunisie). Vit et travaille à Paris.
Mehdi Moutashar : né en 1943 à Hilla (Irak). Vit et travaille à Arles.
Yazid Oulab : né en 1958 à Constantine (Algérie). Vit et travaille à Marseille.
Nasser Al Aswadi : né en 1978 à Al-Hujr (Yémen). Vit et travaille entre Marseille et Sanaa.
Quand
14/03/2026 - 03/05/2026